Notes réflexives sur les élections présidentielles au Togo

        Le débat d’Africa Politicum (AP) du 13 février 2020 a porté sur les élections présidentielles du 22 février 2020 au Togo. Les échanges se sont concentrés non seulement sur les élections et les demandes de l’opposition pour mettre fin au règne de Faure Gnassingbé (actuel président du Togo), mais aussi sur d’autres questions plus générales relatives à la situation politique togolaise  libellées comme suit : Faure Gnassingbé est-il vraiment le seul coupable du manque d’alternance au sommet de l’État au Togo ? L’absence d’unité au sein de l’opposition n’est-il également pas une partie importante du problème ? La situation socio-politique actuelle ne serait-elle pas plutôt la manifestation du symptôme du système persistant d’exploitation et de dépendance post-coloniale ? Ce texte récapitule les réponses à ces diverses interrogations.

        L’audience a décrypté les enjeux des élections en partant du rôle de l’opposition. La question de savoir si les opposants actuels représentent-ils un véritable changement ou une véritable alternative politique au système politique actuellement au pouvoir a été au coeur des réflexions à cet effet. Il a été souligné qu’un scepticisme dominant envers l’opposition existe au sein de la population togolaise. Ceci serait principalement lié à l’absence d’une vision unificatrice des acteurs politiques de l’opposition pour un meilleur avenir (politique) du pays. Dans son état actuel, l’opposition – divisée entre elle et sans programme politique concret et réaliste allant au-delà de la revendication « Faure doit partir » – contribue plus à la haine et à la division qu’à un véritable moteur capable de stimuler un changement réel sur la scène politique. Le gouvernement n’est “fort” que parce que l’opposition actuelle a peu de crédibilité auprès de la population.

        La perception des élections elles-mêmes était tout aussi pessimiste. Entre autres choses, il y a eu des appels à une nouvelle mobilisation générale, comme celle qui a eu lieu en 2017 et portée par Tikpi Achadam.

        De même, il convient de relever que le “problème” politique au Togo est plus complexe qu’un simple différend entre l’opposition et le pouvoir de Faure Gnassingbe. Ceci suppose qu’il faudrait examiner et essayer la résolution dudit “problème” de manière structurelle et systémique. Ce constat est non seulement valable pour le Togo, mais aussi pour de nombreux autres pays africains qui sont dirigés par des non-démocrates. La population pourrait prendre encore plus conscience du “problème” politique, défendre son avenir politique et agir en conséquence. L’exemple burkinabé avec le mouvement « Balai Citoyen » pourrait être une source d’inspiration pour le Togo et d’autres pays africains.

        Et quid du rôle des organisations comme l’Union Européenne, la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union Africaine au sujet de la situation politique de manière générale au Togo? Ces institutions, selon certains participants, devraient être plus audible en reconnaissant officiellement la nature antidémocratique et autoritaire du régime togolais. Un boycott électoral avec le soutien de la communauté internationale pourrait être une solution, mais n’est pas réaliste après l’expérience des élections législatives de 2018.

        Quelques participants_tes* ont exprimé l’opinion que, en fait, le parlement actuel n’est légitimé que par la reconnaissance de la communauté internationale et non par le peuple. D’autres, en revanche, ont plaidé pour le principe de non-ingérence. Au lieu d’attendre l’intervention de l’Union Africaine ou Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest, le changement devrait venir du Togo et de la population togolaise.

        L’audience a également mis un accent particulier sur plus d’”éducation publique” de la population sur les enjeux politiques en rapport avec leur relation avec les structures gouvernantes. En effet, dans les conditions actuelles (pauvreté, manque d’éducation et de besoins de base, etc.), de nombreuses personnes sont incapables de prendre une décision politique réfléchie et font confiance au gouvernement (en raison des “cadeaux électoraux”) au lieu d’œuvrer pour un réel changement. Ce travail d’éducation pourrait être effectué principalement par des journalistes et des hommes et femmes  intellectuels.

        En conclusion, il est évident que les problèmes politiques au Togo sont profondément structurels et liés aux réalités socio-économiques internes, structures de dépendance néocoloniales, exploitation des ressources par les sociétés transnationales, le manque d’unité et de projets de sociétés claires des partis politiques de l’opposition.  De même, le soutien externe au pouvoir de Faure Gnassingbé continuera tant que des pays comme l’Allemagne et la France auront des intérêts économiques et stratégiques à ce que la situation actuelle demeure telle qu’elle. C’est aux populations du Togo et de la diaspora d’en prendre plus conscience et agir en conséquence. En outre, une certaine pression pourrait être exercée par la diaspora togolaise à travers une sensibilisation du public européen afin d’amener ce dernier à s’intéresser au rôle et influence de certaines puissances européennes (Allemagne et France, par exemple) dans des pays comme le Togo.

        Crédit Photo: Togofirst

        Sur l’auteur: AfricaPoliticum

         

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