Les militaires au pouvoir : est-ce la solution au problème sécuritaire au Sahel ?

        Pendant que nous assistions le 09 janvier 2022 à des sanctions économiques et financières de la Communauté Economique des Etats de L’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’ Union Economique Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) contre le Mali afin d´exiger un retour rapide à l’ordre constitutionnel et de dissuader les autres pays membres contre un éventuel putsch, le 24 janvier 2022 Roch Marc Christian Kaboré, Président du Burkina Faso, est renversépar des militaires. Ce coup d’état fait du Burkina Faso le troisième pays parmi les cinq que compte le G5-Sahel à être dirigé par les militaires, si on ajoute le cas du Tchad. Ces pays du sahel sont tous confrontés au même problème de terrorisme qui sévit dans la région et qui a commencé au Nord Mali depuis 2012. Le G5-sahel a été créé en 2014 par les chefs d’Etat des cinq pays du Sahel afin de faire front commun contre cette insécurité.  Depuis lors et malgré le soutien des forces armées internationales, la situation sécuritaire va de mal en pire. Le Burkina Faso a subi sa première attaque terroriste contre les civils le 15 janvier 2016, lorsque le pays venait fraichement de retrouver l’ordre constitutionnel après une transition. Le tableau du bilan depuis lors et suite aux attaques est effroyable : plus 2000 morts avec des familles abandonnées dans la précarité et l’indifférence totale par le pouvoir publique, près de 2 millions de déplacés internes, plus de 25.000 écoles et lycées fermés laissant plus 40.000 élèves hors du système scolaire selon BBC et le journal burkinabè le faso.net, des populations civiles transformées en milices pour se défendre, des marchés fermés, du bétail emportés sans aucune mesure de représailles contre les acteurs. Les déplacés internes des zones rurales qui n’ont appris que l’agriculture et l’élevage ne trouvent pas leur place dans les grandes villes qui sont devenues les seules zones de refuge. La même situation se passe au Mali. Les militaires putschistes justifient leur action par cette situation sécuritaire et des conditions de vie de la population. Alors se pose-t-on la question de savoir si les militaires seraient-ils la solution face à cette insécurité persistante ? Le putsch burkinabè était-il prévisible ?

        En effet, le 16 novembre 2021 des centaines de jeunes sont sortis dans les rues de Ouagadougou pour manifester leur ras-le-bol face à l’insécurité et appelaient le président à démissionner avec pour raison son incapacité d’assurer la sécurité de la population burkinabè et leurs biens. Et cette manifestation a eu lieu deux jours après une attaque meurtrière à Inata, au nord de Ouagadougou, qui a fait 53 morts dont 49 Gendarmes et 4 civils, selon je journal burkinabè en ligne, Burkina24. Alors que cette troupe de l’armée burkinabè étaient active dans la zone dominée par les terroristes, ils étaient en manque depuis deux semaines de nourriture et s’alimentaient grâce à la chasse. Le commandant de cette garnison avait donc appelé l’Etat Major le 12 novembre pour rappeler ce problème et aussi demander une relève des gendarmes qui ont besoin de repos. Une demande qui fut sans réponse. Cette attaque fut la énième contre l’armée burkinabè mais aussi la plus meurtrière. Selon les chiffres de l’armée burkinabè, 478 soldats ont été tués depuis 2015 dans la lutte contre le terrorisme.

        Si la population manifeste sonmécontentement, l’opposition politique burkinabè quant à elle accuse le pouvoir de laisser la population seule face aux groupes armées terroristes et se contente de donner un mois au pouvoir d’agir avant de demander sa démission. Le chef de l’Etat connaissant la force de la rue sur le pouvoir politique au Burkina Faso, se résout à d’abord couper la connexion à l’internet au pays deux semaines durant avant la manifestation du 16 novembre 2021 afin d’éviter que la mobilisation à manifester par les réseaux sociaux. Puis, il ordonne une enquête administrative pour comprendre les problèmes administratifs suite à cette attaque d’Inata et limoge deux responsables de l’armée.

        Ensuite, le 27 novembre 2021, la société civile organise encore une autre marche pour dénoncer la situation sécuritaire et les conditions de vie dégradante de la population. Après la manifestation qui avait été interdite, les organisateurs ont été condamné à des peines d’emprisonnement et àpayé des amendes. Le président du Faso dans son discours appelle les Burkinabès a se souder contre les ennemis de la patrie. Puis en décembre, après une autre attaque où 14 soldats ont encore perdu la vie, le président annonce les changements à la tête de l’armée, notamment le Chef d’Etat Major général des armées a été remplacé.

        C’est dans cette situation tendue entre la population et le pouvoir que le 11 janvier 2022, le gouvernement burkinabè annonce avoir déjoué une tentative de coup d’Etat et d’arrêterune dizaine de militaires. Dix jours plus tard, ce même scénario se répète avec le soutien de la population qui manifestait en soutien au Mali contre les sanctions économiques et financières infligées par la CEDEAO. Une manifestation interdite et violemment réprimée avec la coupure de l’internet. Le 24 janvier, le Président Roch Marc Christian Kaboré est démis de ses fonctions par le Mouvement Patriotique pour la Restauration et la Sauvegarde (MPRS) dirigé par un Lieutenant-Colonel. Tout comme au Mali, le MPRS s’engage à réduire considérablement l’insécurité au pays. Même si la population se réjouit de cette déclaration et qualifie les putschistes de sauveurs, elle attend les actions concrètes.

        Sans se réjouir du coup d’Etat, il faudrait prendre en compte les situations dans lesquelles ces putschs se passent actuellement en Afrique francophone. Si mes recherches sont justes, nous comptabilisons en Afrique francophone de l’ouest plus de 70 putschs depuis 1958. Si certains putsch été fait simplement dans l’objectif égoïste d’avoir le pourvoir ou de débarrasser un président devenu très encombrant pour les partenaires internationaux, d’autres, particulièrement les actuels, sont exigés par la population à qui ce système “démocratique” telle qu’appliqué en Afrique n’a donné aucune autre possibilité. En effet, à travers les urnes le choix du peuple n’est pas la plupart du temps élu comme Président suite au trucage et à corruption des votes avec la bénédiction des “observateurs électoraux de la communauté internationale”. Ce qui justifie qu’un président qui se trouve élu “démocratiquement” avec très souvent plus de 70 pourcent des suffrages, est victime de putsch un ou deux ansaprès les élections. Le cas du Mali, Burkina Faso et de la Guinée sont des exemples palpables.

        En outre, lorsque ces “putschistes de nouvelle génération” sont au pouvoir, ils osent affronter les partenaires internationaux et à défendre des opinions de leur société, notamment de la jeunesse. L’exemple des autorités maliennes actuelles avec les partenaires internationaux. Aujourd’hui, la jeunesse africaine ne veut plus subir des dominations et de paternalisme « néocolonial » et aspire à une vraie indépendance et surtout à un meilleur avenir. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est contre des collaborations internationales mais un partenariat qui lesaide à être autonomes. Pour cela, il faut des représentants qui savent bien représenter et défendre les idéaux et les ambitions réelles de la population sur le plan international surtout dans cette globalisation économique où l’Afrique traine à la queue.

        En regardant la situation politique à l’image de celle socio-économique, on pourrait dire que la population n’a pas d’autre choix que de faire confiance aux putschistes militaires pour espérer voir un changement plus de 60 ans après les indépendances. Cela met aussi les putschistes sous pression à donner le meilleur d’eux-mêmes et à faire mieux que leurs prédécesseurs tout en sachant que cette “ nouvelle forme de démocratie à l’africaine” par la rue a toujours le peuple comme possesseur du pouvoir et superviseur pour ceux à qui il a fait confiance. Même la démocratie à l’occidentale met au centre le peuple et donne le pouvoir au peuple, ainsi les organisations internationales et sous-régionales devraient regarder la situation politique actuelle au Burkina Faso et au Mali dans la même logique.

        Crédit Photo: Rtbf / Africa News

        Sur l’auteure :

        Odile Woni

        Odile Woni

        Historienne et membre du comité exécutif d’Africa Politicum

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