Au sujet du Sahara Occidental : la « neutralité » de l’Union Africaine en question

        10 décembre 2020. Donald Trump, alors président des USA, jette un pavé dans la marre de la politique internationale et surtout continentale africaine sur l’épineux sujet du Sahara occidental à travers un tweet dans lequel il surprend plus d’un en écrivant ce qui suit :« Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. Il convient donc de reconnaître sa souveraineté sur le Sahara occidental ». Il poursuit en affirmant :« Aujourd’hui, j’ai signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc est la seule base d’une solution juste et durable pour une paix et une prospérité durables ! ». 

        Que l’administration Trump reconnaisse la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental est un fait. Ce qui préoccupe, cependant, c’est la réaction de l’Union Africaine (UA) traduite par la non-réaction de cette institution après cette déclaration américaine. Comment peut-elle ne pas se prononcer activement à la suite de ces propos si tant est que le royaume chérifien et la République Arabe Saharaouie Démocratique (RASD) sont tous deux membres à part entière de l’organisation continentale ? Ce questionnement-rappel rend bien logique et même impérieux que l’UA sorte un peu plus de sa « neutralité » actuelle. Qu’elle transcende la posture du moment qui, si elle perdure, risque d’être observée comme un clair-obscur aux allures d’immobilisme politico-diplomatique. Les propos et les actes individuels des pays membres de l’UA sur la question importeraient si et seulement si leurs positionnements tiennent moins comptent des intérêts de leurs relations diplomatiques et économiques avec l’une ou l’autre partie et que ces pays placent le curseur des priorités véritablement sur les attentes et exigences de toutes les parties primairement concernées. Ouvrir des représentations diplomatiques sur un territoire dont l’autonomie est discutée, comme l’ont fait certains États subsahariens, n’est pas de nature à décomplexifier une situation aussi complexe que la question du Sahara occidental. Ce qui toutefois revêt de plus d’importance, c’est le rôle et la responsabilité de l’UA en tant qu’entité continentale dans le dénouement de ce conflit qui oppose le Polisario, épaulé par son allié indéfectible l’Algérie, et le Maroc à la suite de la reconnaissance de la RASD par l’Organisation de l’Unité Africaine en 1984. Cette admission de la RASD était-elle une « erreur » monumentale de l’organisation continentale qui reconnaissait un territoire dépendant comme l’estime Alphonse Zozime Tamekamta ? La question se pose. On ne saurait y répondre sans une contextualisation politico-temporelle de l’évidence actuelle qui se translate par une présence de la RASD comme membre de l’UA. C’est justement cette évidence qui implique que la ligne « neutre » de l’UA, qui par la même occasion expédie le sujet au conseil de paix et de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, doit être dépassée. Je ne serai pas aussi catégorique qu’Alphonse Zozime Tamekamta pour qualifier la position de l’UA d’ « attentiste ». Ce que je note est que s’agripper sur une résolution de la question du Sahara occidental par l’ONU ne traduit pas la « neutralité » de l’UA sur le sujet. Cela neutralise plutôt le potentiel diplomatique dont dispose l’UA et dont elle peut faire usage dans le cas précis de ce conflit de basse intensité, mais qui demeure quand même un conflit à résoudre. Le faire permettrait à l’UA de faire valoir sa responsabilité et sa légitimité dans la recherche de solution aux conflits entre ses États membres dont le sujet du Sahara n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Vouloir rester « neutre » et se ranger derrière l’ONU, elle-même indécise sur ce sujet, risque, si cela continue, d’être perçu comme du clair-obscur pour ne pas agir en faveur de la paix et la stabilité au Sahara occidental. Le tweet de Trump pour reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, tel un pavé, a fait bouger la marre. Cette dernière pourrait durablement se calmer si l’UA arrivait à être activement plus clair et moins obscur sur le sujet.  Dans l’action se trouve la solution. Du moins, c’est ma conviction.

        Sur l’auteur :

        Hanza Diman
        Hanza Diman

        Docteur en histoire politique et environnementale de l’Université de Bayreuth et directeur exécutif du laboratoire d’idées et d’action AfricaPoliticum (Bayreuth, Allemagne)

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